Présentation

Poète, médecin dans le Cantal, Marie-Agnès Roch est née à Montbéliard (Doubs) 
  • Secrétaire Générale de l’Association de L’Ours Blanc (Paris)
  • Membre du comité de lecture des Editions l’Ours Blanc (Paris)
  • Membre du GEM (groupement des écrivains médecins)
  • Sociétaire de la Société des Poètes Français
  • Membre stagiaire de la Société des Gens de Lettres
  • Membre fondateur et Présidente de l’association culturelle Le Texte et l’Homme, éditions de L’Homme Bleu (Aurillac, Cantal) en 2004 (maroch001@wanadoo.fr).
  • Prix de poésie contemporaine 2002 du Salon des Poètes de Lyon 
  • Prix Clément Marot 2003 du Groupement Français des Ecrivains Médecins avec "Souvenirs"
  • Prix Cesare Pavese 2003 du Groupement Mondial des Ecrivains Médecins avec "Jour d’Automne"
  • Médaille de Vermeil 2004 de l’Académie Européenne des Arts de Belgique
  • Lauréate 2004 du Salon des Poètes de Lyon
  • Médaille d'or 2004 de l'Académie de Lutèce (Paris)
  • Prix spécial 2004 pour la poésie libre de l'Académie de Lutèce (Paris)
  • Prix Cesare Pavese 2005 du Groupement Mondial des Ecrivains Médecins avec "Pénélope" (San Stefano Belbo, Italie)
  • Prix Sainte-Victoire 2006 du grand prix de poésie de la Ville d'Aix-en-Provence
  • Prix Clément Marot 2006 du Groupement Français des Ecrivains Médecins
 
Publications :
  • revue « Chemins de Traverse » de l’Association de l’Ours Blanc 2001
  • revue « Mil’Feuilles Par Chemins » revue culturelle du CEPAL 2002
  • revue « Portique » de création poétique, littéraire et artistique (Puyméras) 2003
  • « Trait d’Union poésie » recueil collectif de poésies aux Editions l’Ours Blanc (Paris) 2002
  • « La Mort » recueil collectif de poèmes et nouvelles aux Editions l’Ours Blanc (Paris) 2002
  • revue « Soleils et Cendre » (Avignon) 2003
  • recueil de poèmes « Métamorphose » aux Editions l’Ours Blanc (Paris) 2003 Grand Prix de Poésie 2004 du Concours International de l’Académie Européenne des Arts // Prix Henri Meillant de la Société des Poètes et Artistes de France // Premier Prix 2004 du Salon des Poètes de Lyon
  • recueil collectif de nouvelles « Noël Noir » aux Editions l’Ours Blanc (Paris) 2003
  • revue de l’Association Rouge Gorge  avril et juin 2004
  • « L'heure injuste » recueil collectif de poèmes aux Editions La Passe du Vent (Lyon)
  • "Les îles de l'oubli", M.A. Roch et Bernard Giusti, Editions Les Dossiers d'Aquitaine, 2006
  • plaquette sur le thème "le voyage" association internationale Les Belles Lettres Marseille Edition 2006, 3° prix du concours Les Belles Lettres
  • plaquette du concours de l'association "Poésie du point du jour" éditée par le Lions-Club de Genevilliers
  • revue « Chemins de Traverse » n°29 de l’Association de l’Ours Blanc décembre 2006
    revue "Chemins de Traverse" n°32 de l'Association de l'Ours Blanc juin 2008
    revue "Chemins de Traverse" n°33 de l'Association de l'Ours Blanc décembre 2008

Concours

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Samedi 11 avril 2009

 

Tout à l’heure,

Sous la lampe,

Le jour s’est retiré

Et nos voix se sont tues,

Un instant,

Seulement,

Dans le secret du lieu.

Le silence

S’est montré

Plus hardi

Que nous, dans la tourmente.

Et pendant que mes mains

Sur le papier

Ecrivaient,

Convenables,

Votre nom et le mien,

Vos pensées

Stupéfaites 

Ont cherché,

Soudain,

A bousculer ma plume.

L’encre alors

Déversée,

A scellé

Malgré nous,

Cet instant

Singulier.

 

 

Que s’est-il donc passé ?                                         

Quand plus tard,

Sous la lampe,

Eclairées,

Nos voix

Se sont déshabillées.

Notre histoire

Peu à peu,

S’est conjuguée

Au temps de l’inhérent

Et le jeu de nos mots

S’est décliné

En intrigue.

Nous avons,

L’un et l’autre,

Libéré

L’extravagance

D’entre les murs étroits

De l'indéfinissable.

Personne,

Non, personne,

Ne saura

S’emparer

De cet instant pluriel

Qui se vide de sens,

Hors du huis clos

De l’ombre.

 

 

Marie-Agnès Roch

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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Samedi 13 décembre 2008

Conférence organisée par l'ALFOM, salle Vaugirard, vendredi 12 décembre 2008
(intervention de Bernard Giusti)


Ainsi que nous l’a rappelé Marie-Agnès Roch, les tableaux que Jules-Emile Zingg peignit sur le front furent exposés en 1917 au Palais du Luxembourg, et nous voici ici aujourd’hui, 91 ans plus tard et à quelques pas du lieu de cette ancienne exposition, pour rendre hommage à ce grand peintre. Caprice de l’histoire peut-être, ou juste retour des choses puisque ce peintre, si exigeant envers lui-même et si peu soucieux de l’opinion des salons, s’il est connu des amateurs d’art, des professionnels et des musées, ne l’est pratiquement pas du grand public.

 

La démarche que Marie-Agnès et moi-même avons adoptée pour écrire les textes accompagnant les œuvres du peintre a délibérément laissé de côté le poème descriptif, qui n’aurait eu que peu d’intérêt, tant pour le lecteur que pour nous. Nos deux premiers textes, qui s’intitulent tous les deux « A Jules-Emile Zing », sous forme d’hommage donc, mettent assez bien l’accent sur ce qui nous a touchés, émus, et parfois troublés dans notre rencontre avec les œuvres de Jules-Emile Zingg : l’extraordinaire force évocatrice du trait et des couleurs, la profondeur humaine qui se dégage de ces scènes où le plus souvent les personnages en plein labeur restent dominés par une nature qu’ils s’échinent à maîtriser (mais on voit bien que plus que de la nature, c’est de leur propre vie qu’il est question), en même temps que la parfaite adéquation de l’être humain et des choses.

Car ce qui surprend chez Zingg, c’est qu’il n’y a jamais dans ses sujets rien de surprenant. A une époque où beaucoup de peintres ont choisi d’intégrer dans leurs toiles des éléments extérieurs au sujet principal, des éléments incongrus ou provocateurs souvent, afin de mettre en évidence toute la relativité de notre perception de la réalité et nous amener à découvrir d’autres dimensions de cette réalité, Jules Emile Zingg, lui, s’en est tenu à dépeindre le quotidien et le familier sans jamais déroger à la véracité. Et pourtant, sans ajouts ni artifices, Zingg réussit le tour de force de nous amener à voir au-delà de ses toiles, ou plus exactement nous amène à percevoir les dimensions multiples qui accompagnent et transcendent le quotidien. C’est dire qu’avec Jules Emile Zingg, nous touchons sans cesse à ce qui constitue le fondement même et le cœur de toute démarche artistique.

Le poète Yves Bonnefoy, dans son ouvrage L’arrière-pays, nous parle de cet « ailleurs » qui est le ressort et la source de l’art en général, et de la poésie en particulier, cet « ailleurs » qui se constitue de tous les chemins que nous n’avons pas pris, de tous ces chemins que nous avons laissés derrière nous et dont le souvenir nous accompagne toute notre vie. Nous ne saurons jamais où auraient pu nous mener ces chemins. Mais ce qui importe, ce n’est pas de savoir où nous aurions pu aller, mais de l’imaginer. Avec les tableaux de Jules Emile Zingg, c’est entre autres ces voyages imaginaires sans cesse recommencés que nous effectuons, ces voyages que l’on peut multiplier en regardant une même toile et qui prennent chaque fois la coloration de l’instant.

Si j’ai choisi à dessein de citer Yves Bonnefoy, c’est que sa définition de « l’ailleurs » est une définition dynamique. Et c’est là une des autres dimension des œuvres de Jules Emile Zingg : le mouvement. Tour de force encore du peintre qui, avec des traits de pinceau qui pourraient apparaître à un regard superficiel comme grossiers et pesants, a su si bien rendre la force et le mouvement. Rien n’est jamais statique dans les tableaux de Zingg, ni les hommes ni les bêtes, ni les champs ni les cieux, pas même les montagnes.

Mais dynamisme aussi de l’histoire. Marie-Agnès Roch et moi-même avons choisi les œuvres qui traitaient de la ruralité, des hommes et de la terre, notamment, comme l’a rappelé Marie-Agnès, parce que Zingg fut l’un des derniers grands témoins de la disparition de tout un mode de vie. Depuis des millénaires, depuis ce que l’on a appelé la révolution néolithique, les sociétés humaines se sont organisées sur le mode d’une économie basée sur l’agriculture. Le 19e siècle a vu l’émergence, puis le triomphe au 20e siècle, d’une lente évolution de l’humanité qui a aboutit à la révolution industrielle, révolution qui a en grande partie finit par industrialiser l’agriculture elle-même. Et évidemment, au passage, c’est tout un mode de vie et un système de valeurs qui a été profondément transformé, jusqu’à même disparaître dans nombre de ses aspects. Zingg a donc été le témoin de cette transformation et de ces disparitions dans notre pays, ce qui confère aussi à ses tableaux une valeur de témoignage.

Pour autant, ni Marie-Agnès Roch ni moi-même n’avons été motivés dans nos écrits par une quelconque nostalgie. Ici, la rencontre entre la peinture et la poésie s’est faite autour de ce « temps vertical » dont nous parle Gaston Bachelard (La poétique, la rêverie), temps qu’il assigne de façon privilégiée à la poésie. Le temps vertical, ce n’est pas seulement l’ordonnancement des mots sur la page selon une configuration verticale, c’est aussi cette continuité de l’histoire. Nous devons nous souvenir que ce que nous pouvons percevoir comme une rupture dans la continuité historique, ce n’est jamais qu’une autre façon pour l’histoire de se poursuivre.

C’est dire qu’il ne s’agissait pas pour nous de nous pencher avec nostalgie sur les évocations picturales de Jules Emile Zingg, sur ce que d’aucuns appelleraient « le bon vieux temps », mais de retrouver et rappeler ce qui fait partie de nos racines les plus profondes. Il serait vain de croire que cette histoire rurale millénaire a définitivement pris fin il y a quelques décennies avec l’avènement de ce qu’on pourrait appeler la modernité – terme qui, pour peu que l’on s’y penche, recouvre un concept très flou. On peut le croire, évidemment, mais dans ce cas le prix à payer est la réduction de notre champ de conscience, c’est-à-dire la réduction du regard que nous portons sur le monde et sur notre propre vie.

La continuité historique à travers les œuvres de Zingg, c’est aussi – et peut-être surtout – la continuité des rapports profonds entre l’homme et la nature, et au-delà des rapports profonds entre les hommes.

Pas de nostalgie donc, mais le souvenir d’une histoire toujours présente, comme le socle invisible de notre propre époque.

 

Le lien privilégié que je viens d’évoquer entre la peinture de Jules Emile Zingg et l’histoire, je voudrais maintenant le compléter par le lien privilégié entre la poésie et l’histoire. Et si l’on y regarde de plus près on s’apercevra que ce lien, en fin de compte, est le même. De même que les destins historiques réciproques de la ruralité et de la poésie, qui sous cet angle sont intimement liés. Il y a eu en effet dans nos sociétés un déclin du rôle social de la poésie dans le même temps où le rôle de la paysannerie s’est considérablement amenuisé. Je voudrais donc vous citer ce court passage d’un de mes essais, Le Fil d’Ariane :

 

« Compagne attentive des premiers pas de l’humanité, la poésie est née des sociétés orales, et bien après que les hommes aient songé à représenter les sons qu’ils échangeaient, elle a gardé son statut d’art oratoire et son emprise sur leurs destinées. Les peuples anciens de la tradition celtique ne prêtaient-ils pas aux paroles des bardes le pouvoir de détruire des royaumes entiers ?

Peut-être la poésie est-elle née de la solitude fondamentale de l’être humain, de la rencontre entre l’impérieuse exigence de communiquer ce que nous avons de plus précieux en nous et l’impossibilité d’exprimer le cœur et le joyau de notre être, de partager l’ultime « ailleurs » au-delà duquel règne le silence.

La poésie se nourrit de cette distance intime et déploie un discours toujours en décalage par rapport à la réalité. Elle se nourrit de notre irréductible solitude, si bien évoquée par André Bonnard, dans une superbe phrase où il désigne tout à la fois ce qui fonde le poète et ce qui l’emprisonne : « … la solitude, école et piège des âmes éprises d’absolu ».

 

Jean Maffioletti a écrit qu’une des dimensions de la poésie est de « rendre palpable, capable d’écrire certaines interactions complexes du temps, de l’espace et de la mémoire, qui se croisent sans cesse et d’ordinaire ne se parlent pas. »

Jules Emile Zingg a su par ses tableaux, par ses traits et ses couleurs, et par son amour immense de l’art, de la nature et des hommes, nous rendre évidentes toutes ces interactions complexes.

Marie-Agnès Roch et moi-même avons tenté l’aventure. Ce n’est pas à nous de dire si nous y avons réussi. Mais je conclurai par cette citation du Fil d’Ariane :

 

« En cette époque où s’ouvre un millénaire, il semblerait que la voix des poètes se soit considérablement amenuisée, étouffée par les exigences d’un utilitarisme économique et scientifique qui n’admet le rêve que pour autant qu’il soit exploitable. Pourtant, telle la mauvaise herbe, la poésie persiste à surgir çà et là en des endroits que l’on croyait à jamais désertés. Elle ressurgit sans cesse au coin des rues bétonnées, au beau milieu des chemins désherbés, au cœur de ceux qui s’en croyaient à jamais éloignés. Elle ressurgit pour chasser les ténèbres qui peu à peu ont envahi nos ombres, et pour nous glisser à l’oreille les quelques mots de René-Guy Cadou : « Le temps que j’ai à vivre, que l’amour le prolonge. »

 
Bernard Giusti


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Samedi 13 décembre 2008

 

      Conférence au Sénat organisée par l'ALFOM, salle Vaugirard, vendredi 12 décembre 2008

 

Jules-Emile Zingg naît le 25 août 1882 à Montbéliard. Dès l’âge de quatre ans il commence à couvrir ses ardoises de dessins. Mais aux yeux de son père, horloger, l’art n’est pas sérieux. Il s’inquiète. Monsieur Durget, professeur de dessin au collège le convainc d’inscrire Jules-Emile aux cours du soir municipaux. En 1898 Jules-Emile devient l’élève de Giacomotti qui dirige l’école des beaux-arts de Besançon. Puis en 1900, il reçoit une bourse d’étude de la municipalité de Montbéliard et monte à Paris dans l’atelier de Cormon. Travaillant avec assiduité, il recherche la précision du dessin. Il obtient quasiment tous les prix de l’école. De santé fragile il alterne séjours à Paris et séjours dans la campagne comtoise. En 1911 il est second au prix de Rome. Cormon et lui se respectent mais des divergences apparaissent bientôt dans leurs conceptions de l’art.

En 1912 il se marie avec Thérèse Dumont altiste au conservatoire de Paris. Il reste au pays, en Franche-Comté, s’installe dans les bois de Belverne près d’Héricourt. En 1914 il est réformé pour santé déficiente. Il part en Bretagne où il rencontre Maurice Denis et Sérusier. Il travaille dans l’esprit des Nabis.

En 1917 Zingg est volontaire en tant que peintre des armées avec Vuillard.. Il peint alors des scènes dramatiques, la terre qu’il chante est creusée ici pour ensevelir le soldat mort. Il expose au palais du Luxembourg ses œuvres peintes aux armées. Sa femme Thérèse qui est partie s’installer avec leurs deux enfants à Contournat en Auvergne, pressent l’intérêt que son mari trouvera à ces paysages. En été 1917, Zingg rejoint sa famille. Il dira : « ici, tout est net et fort ordonné, parfaitement écrit… les paysans travaillent en grand nombre dans la campagne. Certains conduisent  des attelages de bœufs ou de vaches salers, d’Aubrac, du Nivernais : rouges, jaunes, blancs. Ces couleurs joyeuses s’ajoutent au gris des foins, aux verts des prés ou aux ors des champs de céréales… un  soleil torride répand une lumière éblouissante sur les vielles maisons. Les façades ocre jaune et les toits Sienne brûlée resplendissent. »

Zingg se sépare alors de l’académisme. La matière n’est plus travaillée avec insistance, les empâtements et les transparences alternent, le dessin libère la composition. Tout cela n’est pas étranger à l’art de Vuillard. En Auvergne, après la guerre, tout reprend un sens. Zingg aime à célébrer la famille comme les travaux des champs. Le climat devient quasi biblique, notamment dans « scène de la vie familiale en Auvergne ». Les œuvres peintes sur le vif répètent souvent la présence de sa femme et de ses deux fils comme simples éléments de vie. Ce noyau familial explique les liens d’amitiés qui se nouent avec les paysans de Contournat. La famille se juxtapose aux familles. Le peintre s’installe au milieu des champs et gagne la sympathie des gens du village. Il peint les saisons qui passent et transforment la nature, les automnes rougeoyants, les hivers dépouillés et les neiges silencieuses. Il saisit les moindres subtilités de la lumière qui rend sensible l’espace. Et dans ces paysages il saisit aussi l’instantanéité du mouvement des  hommes.

Puis Zingg retourne à Paris dans son atelier de la Villa Brune. Présenté par Vuillard, il prend contact avec la galerie Druet, Druet qui propose de l’exposer en novembre 1918. Le public de chez Druet  le suit hors des courants constitués. Zingg est satisfait de son émancipation. Il dira : «  je sens pour ma part combien mon bonheur est fragile, car ma vie n’est-elle pas une lutte continuelle ? Cette constante aspiration à mon idéal qui s’éloigne à mesure que j’avance. Ce besoin de réalisation plastique parfaite à une époque aussi éloignée de la beauté est extrêmement douloureux. Je sais que toutes les grandes choses de la vie ne sont faites que de sacrifices…J’ai tout lieu de me réjouir des succès qu’obtiennent à Paris mes œuvres mais les applaudissements de mes contemporains me laissent assez indifférent pour la continuation de mes travaux. »

A cette période Zingg semble préférer s’exprimer d’après le souvenir. Et l’on peut s’en étonner lui qui ressent intensément le contact direct avec la nature. Lui qui peint debout, dehors par tous les temps. Mais il ne perd pas de vue que l’œuvre d’art est avant tout dominée par les lois de l’artiste. Il est hanté alors par le désir de réaliser des peintures d’esprit mural. Entre 1919 et 1920 il entreprend plusieurs compositions qui contribuent à faire évoluer sa peinture de chevalet vers plus de synthèse. Mais il en pressent les limites. Pris par la vie parisienne et les expositions il s’échappe en Bretagne, en Franche-Comté, en Picardie et dans le Vexin. Il succède à Maurice Denis comme professeur à l’Académie Ranson. En août 1921 il rend visite à Coste à Auxerre qui collectionne ses œuvres. Coste est un homme de grande culture et lui fait découvrir les ouvrages rares de sa bibliothèque. C’est là qu’il découvre le Noa Noa de Paul Gauguin.

D’Auxerre il retourne à Contournat. Là sa peinture exprime davantage la rudesse de l’Auvergne, son expression est de plus en plus rigoureuse. Zingg a la prémonition d’être un dernier témoin de la vie rurale. Il loue une maison à Saint Saturnin avec toute sa famille. Il part avec son carnet de croquis pour débusquer l’humain dans l’apparente banalité de sa vie quotidienne. Il peint toujours les saisons, il rejoint tôt le matin les paysans aux récoltes, et brosse en quelques heures sa toile. Il aime à peindre les scènes de battages où tout est mouvement. L’homme est partout et chaque geste vaut un large coup de pinceau. Il trouve son propre rythme sur la toile dans le jaune de la paille. La peinture vit son aventure. Il est inquiet mais il sent l’homogénéité de ses œuvres qu’il accroche sur ses murs. Il dit : «  en regardant un paysage dans une promenade, je m’arrête et suis vivement frappé. La composition se présente curieusement sous un aspect inattendu. Les arbres, les collines, la petite maison, tout cela s’arrange pour le plaisir des yeux. Peindre comme si on voyait pour la première fois ces choses. En rendre la grandeur et la noblesse et exprimer à travers elles l’amour et la foi qui sont en nous. Peindre en pensant à ses premières impressions si vives et si puissantes. Peindre en oubliant cet enseignement faux. Ces salons pernicieux. Ces expositions néfastes. Ne voir qu’en soi, ne regarder qu’en soi, ne compter que sur soi-égoïstement- pour son plaisir et sa satisfaction, tant pis si les toiles peintes de cette façon n’ont pas de succès. Se foutre des confrères et plus encore des critiques. Aller droit devant soi en pensant toujours à faire mieux. »

Dans ses toiles peintes en Auvergne, son fils, l’enfant blond est partout, avec sa mère, au milieu des arbres, devant les bœufs. Il est là dans chaque saison. L’hiver venu Zingg peint les arbres alourdis par la neige, les clochers d’église qui semblent avoir froid dans le ciel.

L’Auvergne c’est la grandeur, la force, la rudesse et l’homme. En 1921 le peintre semble être allé au fond de lui-même, ici à Saint Saturnin.

En 1922 la vie parisienne reprend. Druet l’expose en février. C’est un succès. Jules-Emile garde l’Auvergne au fond de lui et entreprend une composition à propos de laquelle Robert Rey écrira dans le Crapouillot : « deux bœufs sous le joug, le bouvier, un marmot et tout le relent de la terre éventrée nous arrive au visage (…) Vers qui se tourner dans le passé pour trouver à la fois cet air de boue et de sabot que Baudelaire reprochait à Millet. »

Il quitte Paris pour la Franche-Comté et les Vosges. Il travaille la gravure sur bois pour illustrer l’édition du roman « Truvache » de Louis-Léon Martin. Il aime cette technique où le repentir n’est pas possible. De retour à Paris, dans son atelier de la Villa Brune il reçoit la visite de ses amis Coste et Grèze, tous deux amoureux de sa peinture. En 1923, Coste réserve « la foire de Saint-Saturnin » . Dans cette œuvre pensée, breughélienne, on entend le brouhaha de la foule des paysans occupés à leurs affaires. Ils sont tous là, les paysans, les bœufs, l’enfant blond, le bonimenteur et le peintre nous entraîne nous aussi dans la foire. Cette toile est exposée à Rouen puis à Paris puis fera l’objet d’un carton pour une tapisserie monumentale commandée par la Manufacture des Gobelins. Avant de terminer ce carton, en janvier 1924, Zingg a besoin de revoir l’Auvergne. Il part pour Murol à l’Hôtel de la Poste pour quelques jours. Il écrit à son ami Coste : « je suis encore à Murol pour quelques jours. Je suis ce soir très fatigué et abruti de travail. Par ces temps froids et humides, c’est assez dur. J’avais besoin de revoir ce pays pour retrouver mon équilibre. En ce moment, le lac Chambon est fantastique, avec les Monts Dore couverts de neige. J’espère ramener quelques toiles curieuses. » En avril le carton est terminé.

Plus tard il s’installe en baie de Somme et peint des marines mais il repart rapidement à Contournat. Sa peinture est plus déliée, moins heurtée. Les couleurs sont étonnantes de gaieté, c’est presque du bonheur. Mais ses idées noires reviennent à grands pas. « Pourquoi la nature m’a t-elle fait si différent des autres, je suis un instrument que le moindre souffle fait vibrer. »

Il domine sa souffrance qui le pousse de manière pressante à la création.

Il retourne aux Gobelins pour déterminer les couleurs de la tapisserie qui sera terminée en 1928.

Puis pendant sept ans, il va et vient dans les provinces de France, le Vexin, la Franche-Comté, Montbéliard où il expose en 1929, les Vosges, Abbeville où il fait construire un atelier dans la maison de ses beaux-parents, la Bretagne près de Perros-Guirec, Paris où il décore un des piliers du restaurant La Coupole. Il continue à peindre, subit les honneurs et le parisianisme.

En 1932, il s’installe à Groire près de Murol pour quelques mois seulement. Ce sera son dernier séjour en Auvergne. En 1935 il achète une maison à  Boury-en-Vexin. Puis il fait de nombreux séjours dans sa terre natale, à Montbéliard, au Russey, à Lons-le-Saunier dans le Jura. En 1936 il expose au Palais Granvelle à Besançon, en 1939 il exécute une fresque au théâtre de Montbéliard. Puis il tombe malade et partage son temps entre Boury et Paris. Il meurt épuisé le 04 mai 1942.

L’Auvergne fascina Zingg plus que toute autre région et c’est sans doute là que son évolution personnelle s’est faite. La rencontre d’un lieu peut parfois être plus déterminante qu’une époque ou une influence artistique. Il y trouve plus qu’ailleurs la vie paysanne simple et essentielle pour laquelle il est né car tout y est authentique.

Marie-Agnès Roch

Par Marie-Agnès Roch
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Mercredi 19 novembre 2008

Gisors : ils ont signés "Zingg, la terre et l'homme"

Ils sont venus d'Auvergne pour présenter leur livre

Les auteurs Marie-Agnès Roch et Bernard Giusti se sont livrés, samedi, à une séance de dédicaces à la bibliothèque municipale de Gisors. L'occasion de présenter leur dernier ouvrage commun Zingg, la terre et l'Homme, consacré à l'œuvre du peintre, qui a passé la dernière partie de sa vie dans la région, à Boury-en-Vexin.
Le livre présente plus de trente peintures accompagnées d'une série de poèmes coécrits par les auteurs. Il est publié aux éditions L'Homme bleu qui, créé en 2004 sous la direction de Marie-Agnès Roch, est une émanation de l'association Le texte et l'homme dont la vocation est de faciliter la rencontre entre créateurs, artistes et intellectuels en vue de la diffusion d'œuvres communes ou individuelles dans le secteur d'Aurillac (Auvergne).
L'ouvrage Zingg, la terre et l'Homme a pu être présenté à Gisors grâce à l'association locale Le Mouvement des écarlates dont Bernard Giusti fait lui-même partie.

Article paru sur http://www.paris-normandie.fr/index.php/cms/13/article/57807/ en date du 18-11-2008


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Vendredi 18 avril 2008
 



Aux éditions
L’Homme Bleu

 

 

Zingg, la terre et l’homme

 

Poèmes de Marie-Agnès Roch & Bernard Giusti

 

Tableaux de Jules-Emile Zingg

 

82 pages, 25 euros - Couleur, format à l’italienne 24x20 cm - ISBN : 978-2-9527978-0-1 

Editions L’Homme Bleu - 20, avenue de la République - 15000 Aurillac


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